Sur le quai, la bouche ouverte, j'ai avalé la grêle
Je pense à toutes ces années perdues à faire du zèle
A souder de si près la tôle que les vapeurs d'acétylène
Ne m'ont jamais permis de voir les bateaux, les baleines
On m'a viré ce matin, je ne me suis jamais senti aussi bien
A l'évidence, olivia
J'étais pas fait pour, fait pour ça
Prisonnier des trois huit, mon rêve a su rester neuf
Je borderai les voiles de Wellington à Terre-Neuve
Je serai navigateur ou je ne serai rien
On m'a viré ce matin, je ne me suis jamais senti aussi loin
Sur le pont, les yeux fermés, je devine le vent
Je pense à tous ces hasards qui décident en passant
Du temps qu'il fait, du temps qu'il faut pour qu'enfin
Je comprenne
Qu'à serrer de si près la vague, je peux toucher les baleines
Si j'ai viré ce matin, c'est que mon cap est encore incertain
Et la vie...
Et la vie danse, Olivia
Tout recommence, Olivia.
lundi 6 juin 2011
mardi 24 mai 2011
Le jour où...
...je suis tombé sur cette cassette, je devais avoir 14 ou 15 ans. Mes premiers émois, mes premières envies, j'y pense encore. Non, il ne s'agissait pas d'une cassette de Marc Dorcel. Je vous raconte.
Un soir, mon frère rentre du Lycée avec cette fameuse cassette. Une cassette audio déjà insérée dans son balladeur Aiwa. C'était LE balladeur de l'époque, puissant comme un avion. Quelques jours auparavant, il m'avait raconté avoir fait connaissance d'un ami qui écoutait beaucoup de musique et qu'il allait lui prêter de quoi écouter. Car mon frère à part Midnight Oil n'écoutait rien d'autre.
-"Tiens écoute ça" me dit-il. "C'est un pote qui m'a prêté l'album...c'est pas mal".
Je file donc dans ma chambre comme le gentil petit garçon que j'étais. Je m'installe sur le sol, oui le cul par terre et j'enfource le casque du fabuleux balladeur Aiwa qui coutait un bras (et ça rime). Et là, oui là, à ce moment là, j'ai fait un truc qui changera ma vie à tout jamais. Oui mesdames et messieurs, tout a changé le jour ou j'ai appuyé sur "PLAY".
Il ne m'a pas fallu attendre longtemps. Quelques secondes, 4 ou 5 mesures, quelques notes, et j'ai décollé de mon carrelage froid. Je suis resté scotché, immobile, captivé, paralysé et mes petits poils tout droits sur mes bras. Je n'en revenais pas, alors, pour bien m'assurer que le rêve était réalité, j'attendais le prochain morceau: même effet! Puis le suivant et ainsi de suite. J'étais KO assis (oui normalement c'est "debout" mais moi j'étais assis). J'ai gardé le casque sur les oreilles pendant une trentaine de minutes. J'ai tout écouté. Quand la musique s'est arrêtée, j'ai pris quelques secondes pour revenir sur terre et enlever le casque de mes oreilles. Je l'ai posé calmement à côté de moi. J'avais le regard figé, la bouche entre-ouverte, un léger filet de bave...non je déconne. J'ai pris quelques secondes pour regarder autour de moi et repenser à ce que je venais de vivre. J'étais marqué. Il était trop tard.
Fébrile sur mes guiboles, je retournai voir mon frère dans sa chambre, lui ramenant son balladeur.
-"C'est quoi ce truc de fou?" lui demandai-je, la mine déconfite de réjouissance (hum formule à vérifier hein).
-"T'as vu c'est pas mal hein?". Pas mal? Mais putain, je venais de voir la vierge en audio! (formule à vérifier bis).
A partir de ce jour là, mon chemin avait trouvé une pancarte. Je savais ce que je voulais faire. Déjà, réécouter ça encore et encore et puis aussi essayer de faire comme lui, avec sa guitare.
¨Puisqu'on est dans la confession, je peux vous avouer que j'ai même essayé de me coiffer comme lui. Cette coupe improbable. Pour moi le résultat se rapprochait plus de la coupe à Laurent Voulzy qu'autre chose.
Et puis il n'étais pas seul le garçon dans son groupe de gays, de garçons pardon. Je crois, à présent, qu'il est inutile de faire durer le suspens plus longtemps. Hommage à ces 4 gars qui ont, même un petit peu, changé ma vie.Savourez. Je ne connais pas plus grand groupe.
Un soir, mon frère rentre du Lycée avec cette fameuse cassette. Une cassette audio déjà insérée dans son balladeur Aiwa. C'était LE balladeur de l'époque, puissant comme un avion. Quelques jours auparavant, il m'avait raconté avoir fait connaissance d'un ami qui écoutait beaucoup de musique et qu'il allait lui prêter de quoi écouter. Car mon frère à part Midnight Oil n'écoutait rien d'autre.
-"Tiens écoute ça" me dit-il. "C'est un pote qui m'a prêté l'album...c'est pas mal".
Je file donc dans ma chambre comme le gentil petit garçon que j'étais. Je m'installe sur le sol, oui le cul par terre et j'enfource le casque du fabuleux balladeur Aiwa qui coutait un bras (et ça rime). Et là, oui là, à ce moment là, j'ai fait un truc qui changera ma vie à tout jamais. Oui mesdames et messieurs, tout a changé le jour ou j'ai appuyé sur "PLAY".
Il ne m'a pas fallu attendre longtemps. Quelques secondes, 4 ou 5 mesures, quelques notes, et j'ai décollé de mon carrelage froid. Je suis resté scotché, immobile, captivé, paralysé et mes petits poils tout droits sur mes bras. Je n'en revenais pas, alors, pour bien m'assurer que le rêve était réalité, j'attendais le prochain morceau: même effet! Puis le suivant et ainsi de suite. J'étais KO assis (oui normalement c'est "debout" mais moi j'étais assis). J'ai gardé le casque sur les oreilles pendant une trentaine de minutes. J'ai tout écouté. Quand la musique s'est arrêtée, j'ai pris quelques secondes pour revenir sur terre et enlever le casque de mes oreilles. Je l'ai posé calmement à côté de moi. J'avais le regard figé, la bouche entre-ouverte, un léger filet de bave...non je déconne. J'ai pris quelques secondes pour regarder autour de moi et repenser à ce que je venais de vivre. J'étais marqué. Il était trop tard.
Fébrile sur mes guiboles, je retournai voir mon frère dans sa chambre, lui ramenant son balladeur.
-"C'est quoi ce truc de fou?" lui demandai-je, la mine déconfite de réjouissance (hum formule à vérifier hein).
-"T'as vu c'est pas mal hein?". Pas mal? Mais putain, je venais de voir la vierge en audio! (formule à vérifier bis).
A partir de ce jour là, mon chemin avait trouvé une pancarte. Je savais ce que je voulais faire. Déjà, réécouter ça encore et encore et puis aussi essayer de faire comme lui, avec sa guitare.
¨Puisqu'on est dans la confession, je peux vous avouer que j'ai même essayé de me coiffer comme lui. Cette coupe improbable. Pour moi le résultat se rapprochait plus de la coupe à Laurent Voulzy qu'autre chose.
Et puis il n'étais pas seul le garçon dans son groupe de gays, de garçons pardon. Je crois, à présent, qu'il est inutile de faire durer le suspens plus longtemps. Hommage à ces 4 gars qui ont, même un petit peu, changé ma vie.Savourez. Je ne connais pas plus grand groupe.
vendredi 26 février 2010
Mon pépé
Quand j'étais petit, j'allais voir mon pépé tous les dimanches, en fin de journée. A chaque fois que j'arrivais dans le petit salon de mes grand-parents, ils étaient là, tous les deux, assis devant la télé sur leurs vieux fauteuils en osier. Mon grand-pére un peu plus en retrait, comme à l'accoutumée. Il avait enlevé sa casquette, vieille et grise et l'avait posé sur la table à côté de lui, à portée de main. Il ne se levait jamais sans se la mettre sur la tête. A peine franchi le seuil du petit salon, ils m'avaient discerné par ma grande silhouette, moi le plus grand de la famille. Et ma grand-mère ou mon grand-pére, s'exclamait alors avec ce sublime accent Italien: "Oh c'est Grégo". Exclamation mêlant aussi une interrogation tant leur vue ne leur permettait pas forcément d'être certains que c'était bien moi. Je les rassurai rapidement d'une voix forte qui puisse atteindre leurs oreilles défaillantes, et par peur de les affoler qu'un intrus ait pu pénétrer chez eux: "Oui, c'est moi pépé. ça va mémé?". Et je les embrassais chacun un après l'autre. Mon pépé, en m'embrassant me demandait toujours, la voix tremblante et les larmes à ses yeux bleus magnifiques, perçants et porteur de souffrances passées, si j'allais bien: "ça va Grégo", avec cette voix rauque et les "r" roulés d'un piémontais échoué dans le Var.
-"Ca va pépé, et toi?"
-"ça va" me répondait-il, à chaque fois, d'un ton un peu fatigué mais jamais plaignant. Mon grand-père ne se plaignait jamais. De la même manière qu'il ne critiquait jamais personne mon pépé. Mon pépé était un laborieux, un taiseux, un généreux et un sensible que l'alcool aidait pour gérer ses émotions et ses douleurs tues du passé.
Je prenais alors place sur le petit canapé vert aussi vieux et bousillé que mon pépé, mais il était toujours là, prêt à accueillir le visiteur. Tous trois tournés vers la télé, assourdissante et passant une émission du dimanche pour les vieux: du Drucker, un reportage animalier, ou du patinage artisitique, nous ne parlions pas beaucoup. J'étais là avec eux. Je partageai leur rituel quotidien: la télé, un peu de lecture jusqu'à l'heure de la quotidienne soupe à mémé.
Brisant le silence, mon pépé gueulait à ma mémé de baisser le son de la télé. Il allait me raconter quelque chose.
Je me tournais alors un peu plus vers lui, lui prêtant toute ma disponibilité. Oh, mon pépé n'était pas un grand orateur, point de discours introductif dans ses récits, mais un calme et une lenteur dans le choix de ses mots, me suspendaient à ses lévres. Je le regardais dans ses yeux bleus se dévoiler un peu à moi.
Venant de voir une scène à la télé, mêlant un jeune homme ayant failli se faire renverser par une voiture, un souvenir remonta à la vieille tête de mon pépé.
-"Tu sais Grégo, je vais te raconter une chose. Quand j'étais jeune, je travaillais dans les bois tous les jours de la semaine. On coupait du bois avec les copains toute la journée. J'étais bûcheron et on travaillait toute la journée jusqu'à la nuit".
-"C'était où pépé?" lui demandai-je.
"Oh, c'était vers Carcès dans le Var, je devais avoir une vingtaine d'années".
Il se frotta le crane de la main, remis sa casquette et repris:
-"On était une dizaine toute la journée dans les bois, et le soir nous rentrions chacun chez nous. "Moi j'avais une bonne demi-heure de marche pour rejoindre la chambre que je louais à quelques kilomètres de là. Un soir, alors que je rentrais, empruntant cette petite route qui me menait au village, je fus alarmé par un grognement au loin. Ce bruit étrange m'inquiéta. Je me retourna pour essayer de voir quelque chose. Je ne voyais rien sur cette route de campagne. Il faisait nuit noire, je n'avais même pas de lampe. Le grognement se faisait de plus en plus fort. Je commençais à avoir peur et surgissant derrière moi, je vis deux gros yeux lumineux se diriger vers moi à vive allure dans un bruit terrifiant".
Pépé avait les yeux qui brillaient, la voix légèrement tremblante et un léger sourire en coin apparaissait sur son visage. J'attendais la suite.
"Quand j'ai vu ces deux gros yeux fonçant sur moi, ni une ni deux, j'ai sauté dans les fourrés, en contre bas de la route!"
Camouflé derrière les buissons, tremblant de peur, mon pépé venait de croiser, pour la première fois de sa vie, une voiture.
-"Ca va pépé, et toi?"
-"ça va" me répondait-il, à chaque fois, d'un ton un peu fatigué mais jamais plaignant. Mon grand-père ne se plaignait jamais. De la même manière qu'il ne critiquait jamais personne mon pépé. Mon pépé était un laborieux, un taiseux, un généreux et un sensible que l'alcool aidait pour gérer ses émotions et ses douleurs tues du passé.
Je prenais alors place sur le petit canapé vert aussi vieux et bousillé que mon pépé, mais il était toujours là, prêt à accueillir le visiteur. Tous trois tournés vers la télé, assourdissante et passant une émission du dimanche pour les vieux: du Drucker, un reportage animalier, ou du patinage artisitique, nous ne parlions pas beaucoup. J'étais là avec eux. Je partageai leur rituel quotidien: la télé, un peu de lecture jusqu'à l'heure de la quotidienne soupe à mémé.
Brisant le silence, mon pépé gueulait à ma mémé de baisser le son de la télé. Il allait me raconter quelque chose.
Je me tournais alors un peu plus vers lui, lui prêtant toute ma disponibilité. Oh, mon pépé n'était pas un grand orateur, point de discours introductif dans ses récits, mais un calme et une lenteur dans le choix de ses mots, me suspendaient à ses lévres. Je le regardais dans ses yeux bleus se dévoiler un peu à moi.
Venant de voir une scène à la télé, mêlant un jeune homme ayant failli se faire renverser par une voiture, un souvenir remonta à la vieille tête de mon pépé.
-"Tu sais Grégo, je vais te raconter une chose. Quand j'étais jeune, je travaillais dans les bois tous les jours de la semaine. On coupait du bois avec les copains toute la journée. J'étais bûcheron et on travaillait toute la journée jusqu'à la nuit".
-"C'était où pépé?" lui demandai-je.
"Oh, c'était vers Carcès dans le Var, je devais avoir une vingtaine d'années".
Il se frotta le crane de la main, remis sa casquette et repris:
-"On était une dizaine toute la journée dans les bois, et le soir nous rentrions chacun chez nous. "Moi j'avais une bonne demi-heure de marche pour rejoindre la chambre que je louais à quelques kilomètres de là. Un soir, alors que je rentrais, empruntant cette petite route qui me menait au village, je fus alarmé par un grognement au loin. Ce bruit étrange m'inquiéta. Je me retourna pour essayer de voir quelque chose. Je ne voyais rien sur cette route de campagne. Il faisait nuit noire, je n'avais même pas de lampe. Le grognement se faisait de plus en plus fort. Je commençais à avoir peur et surgissant derrière moi, je vis deux gros yeux lumineux se diriger vers moi à vive allure dans un bruit terrifiant".
Pépé avait les yeux qui brillaient, la voix légèrement tremblante et un léger sourire en coin apparaissait sur son visage. J'attendais la suite.
"Quand j'ai vu ces deux gros yeux fonçant sur moi, ni une ni deux, j'ai sauté dans les fourrés, en contre bas de la route!"
Camouflé derrière les buissons, tremblant de peur, mon pépé venait de croiser, pour la première fois de sa vie, une voiture.
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